Troubles de caractère .

 

Retour santé mentale

 

Les troubles de caractère se caractérisent par une difficulté au niveau de l’adaptation et de la gestion des émotions.  Ces individus semblent avoir un pied dans la psychose et l’autre dans la névrose. Leur capacité d’investissement dans une relation avec autrui est limitée.

 

I. En psychanalyse, ces troubles de caractère se retrouvent davantage chez les états-limites  le long d’un continuum qui va de la personnalité de type schizoïde jusqu’au psychopathe. Pour Mazud Khan, l’état-limite souffrirait de la présence d’un faux soi.

 

  Séduire un objet extérieur à défaut de ne pouvoir en posséder un séduisant à l’intérieur. 

Un pied dans la structure psychotique et l’autre dans la névrotique, l’état-limite souffre d’un manque de structure, ce qui implique qu’il ne possède pas une organisation intérieure capable de se suffire, capable de maîtriser la frustration provenant du manque de gratification narcissique. Dans une approche psychanalytique, l’état-limite est considéré comme un continuum qui va des caractères psychotiques jusqu’aux psychopathes en passant par les narcissiques. IL y a donc dans ces organisations psychiques un large éventail allant du plus pathologique, du plus souffrant au mieux-être possible. On emploi également pour définir l’état-limite le terme anaclitique terme qui signifie dans son sens étymologique « support ». L’état limite se caractérise donc par ce besoin constant de support, besoin d’être rassuré sur sa valeur, sur son importance. Tout sujet est confronté au cours de son développement et de sa vie aux problématiques liés à l’absence et à la perte de l’objet, et donc, à la permanence des représentations de ces objets à l’intérieur de lui. L’état-limite, n’a pas appris que la réalité nous impose le fait que nous ne soyons pas seuls au monde, qu’il existe un autre, différent, qui ne pourra continuellement nous satisfaire. Le paradoxe de cette réalité c’est que nous sommes à la fois seul au monde, et à la fois partie du monde. Pour supporter ce paradoxe il faut avoir réussi à intégrer des objets satisfaisant et sécurisant en nous et il faut avoir intégré le fait que les objets extérieurs peuvent être parfois bons et parfois frustrants. Il est possible que nous endommagions ces objets suite à certaines frustrations mais il nous restera toujours la possibilité de les réparer et de les retrouver. C’est de l’incapacité de vivre ce paradoxe dont souffre l’état-limite. Pour s’en sortir, il s’emploiera à séduire un objet extérieur à défaut d’en posséder un suffisamment séduisant à l’intérieur

L’état-limite n’a pas eu le loisir, la possibilité de se distinguer, de se séparer ; il est en quelque sorte prisonnier du lien narcissique qui l’uni avec la mère ce qui aura comme conséquence une grande difficulté à  développer un sentiment d’identité. La mère doit apprendre à l'enfant à se forger petit à petit une image intérieure de sa mère et ainsi pouvoir se passer d'elle un jour...

L’état-limite souffre  d’une immaturité au niveau du développement de son identité et de son expression émotive. Il développera une extrême sensibilité à l’intrusion et à l’angoisse de séparation.

Comme le mentionne Winnicott, l’état-limite n’a pas su se créer un espace transitionnel, un espace psychique lui permettant d’élaborer son identité. Incapable de se re/présenter, il utilise comme système de défense le clivage, le déni et l’identification projective. C’est contre le sentiment de vide et de dépression que lutte l’état-limite. Ce sentiment de vide il tentera de le combler de multiples façons, la toxicomanie étant l’une d’elle.

Vouloir bien faire, vouloir sans cesse être reconnu, voila les grandes préoccupations de l’état-limite. Il n’est pas question de perdre la face, il n’est pas question d’accepter l’erreur. Il faut conserver le sentiment de la toute puissance procuré par l’idéal du Moi. L’idéal du Moi constitue un modèle auquel le sujet cherche à se conformer ; il occupe donc une place de premier plan et c'est par le concept de narcissisme primaire que Freud (1914) définit l'investissement libidinal de cet Idéal du Moi en opposition avec l'investissement des l'objets extérieurs. Ce narcissisme primaire entraîne d'une part un sentiment de toute puissance et un investissement auto-érotique assurant une certaine maîtrise de l'objet et le retrait du monde extérieur.

 

II. Le DSM-III-R classe les troubles de caractères en trois niveaux :

  

  1. Les paranoïdes, les schizoïdes et les schyzotypiques. Ces personnalités ont en commun leurs comportements étranges et leur excentricité
  2. Les histrioniques, les narcissiques, les antisociaux et les borderlines. Ces personnalités ont en commun une tendance à la dramatisation, au passage à l’acte impliquant parfois des activités anti-sociales.
  3. Les évitants, les dépendants, les obsessifs compulsifs et les passifs agressifs. Ces personnalités se caractérisent par un niveau d’anxiété et de peur  élevés qui fait que l’on peut parfois les confondre avec ceux qui ont des troubles de l’humeur.

 

Personnalité paranoïde : ces individus sont suspicieux, hypersensibles, rigides, envieux, et ont tendance à argumenter. Ils ont tendance à reporter constamment le blâme sur les autres au point d’accuser les autres d’avoir des projets diaboliques. Ils sont à l’affût du pouvoir envieux face à ceux qui réussissent et dédaigneux face aux faibles. Il est évident que pour ce type de personnalité, les relations interpersonnelles deviennent rapidement pénibles puisqu’ils sont sans cesse sur leurs gardes.

 

Personnalités schizoïdes : les individus qui possèdent ce désordre démontrent beaucoup de difficultés à établir un lien avec autrui. Ils sont souvent incapables de démontrer leurs émotions et sont perçus par les autres comme froids et distants. Leur manque d’habileté sociale en fait des personnes retirées. Il pourrait exister un lien entre la structure schizophrène et la personnalité schizoïde. Bref, ce qui caractérise ce type de personnalité est la difficulté rencontrée au niveau de l’attachement.  

 

Personnalités schyzotypiques : les individus qui possèdent ce désordre sont hypersensibles, égocentriques, et excentriques dans leur discours et dans leur comportement. Ce qui distingue principalement le schyzotypique du schizoïde, se retrouve dans les pensées les perceptions et le discours étrange  de ce dernier. Ce sont des gens très superstitieux qui peuvent avoir une certaine perte de contact avec la réalité. Lien génétique fort probable.   

 

Personnalités histrioniques : les individus qui possèdent ce désordre manifestent des comportements d’immaturité, d’excitabilité, d’instabilité, émotive une recherche d’excitation et de l’auto dramatisation.. L’ajustement sexuel est pauvre et les relations interpersonnelles houleuses. Centrés sur eux-mêmes ils ont un besoin important d.être approuvées par les autres. Comportements de séduction. Ils considèrent les autres comme manquant de sincérité. Lorsque leurs efforts ne sont pas récompensés ou n’entraînent pas les objectifs espérés, ils se mettent rapidement en colère.

 

Personnalités narcissiques : les individus qui possèdent ce désordre ont tendance à exagérer leur importance et sont fort préoccupés par le besoin d’avoir de l’attention. Ils possèdent un Moi grandiose  et attente des traitements de faveur de la part des autres.  Leur estime de soi est très fragile et se manifeste par ce besoin d’être sans cesse reconnus. Ils ne se préoccupent peu des droits et des émotions des autres à moins de servir leurs propres intérêts. Paradoxalement. ils n’acceptent pas que les autres puissent devenir dépendants d’eux. Incapable d’empathie. Ne se présentent pas en thérapie puisqu’ils entretiennent leur illusion de perfection. 

 

Personnalités antisociales (psychopathes): les individus qui possèdent ce désordre violent continuellement les droits des autres par des comportements agressifs et antisociaux et ce sans remords. Souvent intelligent, ils élaborent des scénarios pour profiter et abuser des autres. Les imposteurs se retrouvent dans cette catégorie. Spontanés et charmeurs, ils sont très manipulateurs.

 

Caractéristiques communes : 
 

*      Développement inadéquat de la conscience et absence de remords

*      Irresponsabilité et comportements impulsifs accompagné d’une très faible capacité de tolérer la frustration. Plaisir immédiat. La difficulté de supporter la routine implique des changements fréquents de boulot.

*      Rejet de l’autorité et inhabilité de profiter des expériences passées

*      Inhabilité de conserver de bonnes relations interpersonnelles : même s’ils peuvent établir des liens, ils sont irresponsables, cyniques et ne peuvent établir de liens amoureux. La violence envers les membres de la famille est fréquente. Dans leurs relations sexuelles ils exploitent et manipulent l’autre,.

 

Causes de la personnalité antisociale :

 

*      Facteurs biologiques :

 

*      Manque de capacité au niveau de l’expression des émotions. Ils semblent que ces individus soient peu affectés par l’anxiété. Peu d’effet du conditionnement. Peu de réponse de peur. Vaillant (1975) attribue ces déficiences à de mauvais apprentissages. Ces individus auraient appris très tôt à éviter les punitions avec des promesses de bons comportements dans le futur. Pour Vaillant, ils peuvent ressentir de l’anxiété mais ils ont appris à cacher leurs émotions.

*      Recherche de stimulation : selon Hare (1968), ils possèderaient une certaine immunité face aux stimulations ce qui aurait pour effet de les entraîner dans une recherche insatiable de situations provoquant un « thrill » élevé 

*      Déficits du fonctionnement cognitif : selon Gorenstein (1982), il y aurait un manque d’attention au niveau des détails, reflétant un problème au niveau du lobe frontal. Cette déficience pourrait cependant s’expliquer par la consommation abusive de narcoleptiques.

*      Influences génétiques : MacMillan (1984) a élaboré une théorie sociobiologique pour expliquer la personnalité antisociale. Il s’agirait de pouvoir transmettre ces gènes au plus de femelles possibles tout en utilisant la tricherie pour y parvenir.

 

*      Facteurs familiaux :

 

*      Perte en bas âge des parents et privation émotionnelle : ce n’est pas la perte e parent en soi qui est déterminante mais l’état de la famille au moment de cette perte.

*      Inconsistance et rejet 

*      Modèles parentaux fautifs : mère souvent trop indulgente et un père qui réussit,  qui est très critique et distant. Maintenir l’illusion de la belle famille ; importance de l’image et de l’apparence. Double message du père.

 

*      Facteurs sociaux culturels : personnalité davantage présente dans les classes économiques défavorisées. Agressivité envers la société dite conventionnelle

 

Traitements :

 

*      Bandura :

*      Retrait de tout renforcement  au profit de la punition

*      La modélisation de comportements par un thérapeute qui est admiré avec utilisation de renforcements lors de l’imitation des comportements appropriés

*      Auto administration de récompenses symboliques.

 

*      La thérapie par le réel (William Glasser: le besoin d’aimer et de se sentir aimé, et le besoin de sentir que nous sommes utiles à nous-mêmes et aux autres[1]

 

Personnalités borderline : La principale caractéristique de ce type de personnalité est l’instabilité qui se traduit par des changements d’humeurs rapides et des problèmes de comportements. On retrouve chez ces individus des accès de rage intenses. Ces individus sont souvent décrits comme impulsifs, instables et imprévisibles. On retrouve également une fragilité au niveau de l’identité.


horizontal rule

[1] Glasser, W, (1971) : La thérapie par le réel, Paris, Ed.Epi, p.31