Les troubles obsessifs compulsifs (TOC s)
"J’ai peur de m’infecter et je
dois constamment me laver lorsque je serre la main de quelqu’un. Du reste, je
ne serre pratiquement plus la main de personne. C’est pourquoi je préfère
rester chez moi. Quand je suis tout de même obligé de serrer la main de
quelqu’un, je me lave ensuite les mains 20 à 50 fois, parce que je ne sais
jamais si elles sont encore infectées. Je ne peux pas me les sécher avec
l’essuie-mains, car il pourrait être infecté lui aussi. Je sais que cela paraît
complètement fou. Je serais heureux de pouvoir à nouveau saluer les gens
convenablement."
Lorsqu’une personne se sent
contrainte d’accomplir certains actes ou que certaines pensées ne cessent
d’occuper son esprit, les causes possibles sont multiples. Il peut parfois
s’agir d’une maladie appelée trouble obsessionnel-compulsif.
Le trouble obsessionnel compulsif est assez
fréquent (2% à 3% de la population adulte d’après une étude américaine).
Le
TOC arrive en quatrième position du point de vue de la population concernée,
après les phobies, les addictions et la dépression.
Chez
les enfants, la population souffrant de TOC est évaluée à 1 %
Le
trouble se révèle en moyenne chez le garçon avant la puberté (6 à 15 ans), chez
la jeune fille après la puberté (20 à 29 ans)
L’âge
moyen de déclaration du trouble est de 12 ans.
Les
personnes atteintes d’un TOC consultent assez tard (en moyenne 11 ans après
l’apparition du trouble).
Les
personnes mariées consultent nettement plus tard que les célibataires.
On
constate 5% de rémission (disparition des symptômes sans prise en charge
particulière).
Autant
d’hommes que de femmes sont atteints, mais par contre les thèmes dominants ne
sont pas les mêmes chez les femmes ou les hommes (ex: lavage chez les femmes,
vérification chez les hommes).
25%
des enfants souffrant de TOCs souffrent également de
dépression
57%
(Rasmussen, 1990) des adultes souffrant de TOCs
présentent des symptômes dépressifs majeurs. La plupart des périodes
dépressives sont postérieures au développement et au diagnostique de TOC.
Les
autres diagnostiques secondaires les plus fréquents sont les phobies simples
(entre 7 et 48%), la phobie sociale (entre 11 et 18%), les troubles
alimentaires (8%), l’abus d’alcool (entre 8 et 24%) ,
le trouble panique (9 à 30%), l’anxiété généralisée (8%) et le syndrome Gilles
de la Tourette, les troubles de la personnalité évitante et dépendante
Le diagnostic de trouble obsessionnel-compulsif est probable si les pensées ou les
actions de la personne répondent aux descriptions suivantes:
1.
les pensées/actions se répètent et
prennent beaucoup de temps
2.
les pensées/actions sont désagréables
à très pénibles
3.
la compulsion à agir/pensée obsédante
vient de l’intérieur (naît dans la tête)
4.
vous tentez parfois de résister à
cette obsession/compulsion, même si vous n’y réussissez pas
5.
les pensées/actes compulsifs
engendrent le stress et/ou perturbent la vie quotidienne
Exemples d’actes compulsifs/pensées obsessionnelles
Manifestations les plus fréquentes du trouble obsessionnel-compulsif:
se laver ou nettoyer qqch
procéder à des contrôles répétés
collectionner des objets définis, en
soi inutiles
trier ou classer qqch
dans un ordre précis
effectuer certains rituels (p. ex.
rituels de marche)
toucher
les autres.
Peur injustifiée d'être atteint des
maladies graves, de cancer (hypocondrie)
vérifications trop fréquentes (d'une porte
fermée, d'une arrivée de gaz, …)
calculs
mentaux
formules
conjuratoires
achats
incontrôlés et excessifs
nettoyages
excessifs
s'arracher
des mèches de cheveux (trichotillomanie)
se
gratter inutilement
se
ronger les ongles (onychophagie)
troubles
des conduites alimentaires (anorexie, boulimie)
envie de voler (kleptomanie)
La
compulsion (rituel)
: « comportement répétitif ou acte mental que le sujet se sent poussé à
accomplir en réponse à une obsession ou selon certaines règles appliquées de
façon inflexible. Ce comportement est destiné à neutraliser ou diminuer le
sentiment de détresse ou à empêcher un événement ou une situation redoutés. »
Quelques aspects
le
rituel est dépendant d’une obsession pré jacente.
Le
rituel peut être absurde, mais aussi être issu d’un raisonnement logique.
La
compulsion apporte un bien-être à court terme, bien que relatif
Le
sujet est conscient de la démesure de la compulsion, ou de son caractère
illogique.
Souvent, de tels actes sont motivés
par des craintes (p. ex. de se contaminer) ou des doutes (ai-je vraiment fermé
la porte à clef?) ayant un caractère obsédant. Les pensées obsessionnelles ne
sont pas nécessairement suivies d’actes compulsifs (p. ex. soucis pour sa
propre santé ou pensées agressives/sexuelles).
Il convient de souligner que toutes les pratiques répétées de contrôle ou de
lavage ne signifient pas que la personne concernée souffre d’un trouble obsessionnel-compulsif. Du reste, chez les personnes
souffrant de troubles obsessionnels-compulsifs, ce ne
sont pas les pensées ou les craintes en elles-mêmes qui sont
"anormales", mais leur ampleur.
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Crainte |
Réaction |
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normale |
maladive |
normale |
maladive |
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Signes supplémentaires: autres maladies
Une personne
atteinte d’un trouble obsessionnel-compulsif souffre
souvent d’autres troubles psychiques qui lui rendent la vie encore plus
pénible.
Ceux-ci vont des sensations désagréables
comme...
la
peur d’être rejeté
l’indécision
le désespoir et l’abattement
à des maladies graves telles que p. ex.
une dépression
des troubles anxieux
la schizophrénie.
Au moins un tiers des personnes
atteintes d’un trouble obsessionnel-compulsif
souffrent en même temps d’une autre maladie nécessitant un traitement (les
médecins appellent cela la comorbidité). Selon les
cas, le système cardio-vasculaire, l’estomac ou d’autres organes peuvent être
affectés.
Signes supplémentaires: problèmes sociaux
Les troubles obsessionnels-compulsifs créent souvent aux patients des
problèmes sociaux qui vont s’aggravant avec le temps.
incapacité de travail
contacts interpersonnels réduits au
minimum
difficultés financières
dépendance à l’alcool
Approche
Psychanalytique
En psychanalyse, la névrose obsessive compulsive est perçu
sous l’angle de la problématique de l’Œdipe : il
y aurait eut à la période Oedipienne un surinvestissement libidinal de l’un
des parents, ayant comme résultat une
anxiété face au fantasme inconscient de l’inceste. Un jeune garçon par exemple
qui se sent surinvestit par sa mère, qui a le sentiment qu’elle le préfère au père,
face à l’angoisse de castration, pourrait développer une névrose obsessive
compulsive. La seule façon pour ce dernier pour déjouer l’angoisse sera d’occuper
son esprit par des activités rituelles ou de répétition qui l’éloigneront des
pensées œdipiennes. La compulsion agit
comme un système de défense face ;a la peur de
commettre des gestes immoraux. Il
s’agit en fait de se tenir loin du désir et du plaisir en occupant l’esprit constamment
à autre chose. La fixation dans le cas
de cette névrose est au stade anal. Fort
sentiment de culpabilité et de honte.
Critères diagnostiques DSM IV
A.Existence soit d'obsessions soit de
compulsions:
Obsessions
définies par (1), (2), (3) et (4):
(1)
pensées, impulsions ou
représentations récurrentes et persistantes qui, à certains moments de
l'affection, sont ressenties comme intrusives et inappropriées et qui
entraînent une anxiété ou une détresse importante.
(2)
les
pensées, impulsions ou représentations ne sont pas simplement des
préoccupations excessives concernant les problèmes de la vie réelle.
(3)
le sujet fait des efforts pour ignorer ou
réprimer ces pensées, impulsions ou représentations ou pour neutraliser
celles-ci par d'autres pensées ou actions.
(4)
les sujet reconnaît
que les pensées, impulsions ou représentations obsédantes proviennent de sa propre
activité mentale, (elles ne sont pas imposées de l'extérieur comme dans le cas
des pensées imposées).
Compulsions
définies par (1) et (2):
(1)
comportements
répétitifs (p. ex., lavage des mains, ordonner, vérifier) ou actes mentaux (p.
ex., prier, compter, répéter des mots silencieusement) que le sujet se sent
poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui
doivent être appliquées de manière inflexible.
(2)
les
comportements ou les actes mentaux sont destinés à neutraliser ou à diminuer le
sentiment de détresse ou à empêcher un événement ou une situation redoutés;
cependant, ces comportements ou ces actes mentaux sont soit sans relation
réaliste avec ce qu'ils proposent de neutraliser ou de prévenir, soit
manifestement excessifs.
B. À un
moment durant l'évolution du trouble, le sujet a reconnu que les obsessions ou
les compulsions étaient excessives ou irraisonnées. N.B.: Ceci ne s'applique
pas aux enfants.
C. Les
obsessions ou compulsions sont à l'origine de sentiments marqués de détresse,
d'une perte de temps considérable (prenant plus d'une heure par jour) ou
interfèrent de façon significative avec les activités habituelles du sujet, son
fonctionnement professionnel (ou scolaire) ou ses activités ou relations
sociales habituelles.
D. Si un
autre trouble de l'axe 1 est aussi présent, le thème des obsessions ou des
compulsions n'est pas limité à ce dernier (p. ex., préoccupation liée à la
nourriture quand il s'agit d'un trouble des conduites alimentaires; au fait de
s'arracher les cheveux en cas de trichotillomanie;
inquiétude concernant l'apparence en cas de peur d'une dysmorphie corporelle;
préoccupations à propos de drogues quand il s'agit d'un trouble lié à
l'utilisation d'une substance; crainte d'avoir une maladie sévère en cas
d'hypocondrie; préoccupation à propos de besoins sexuels impulsifs ou de
fantasmes en cas de paraphilie; ou ruminations de
culpabilité quand il s'agit d'un trouble dépressif majeur).
E. La
perturbation ne résulte pas des effets physiologiques directs d'une substance
ni d'une affection médicale générale. Ce trouble apparaît parfois dans
l'enfance mais plus souvent à l'adolescence ou au début de l'âge adulte. Il
débute soit de façon très graduelle, soit de façon rapide suite à un
traumatisme ou un stresseur aigu. Lorsque les peurs
associées aux troubles obsessionnels-compulsifs (ex.
peur de se contaminer, de frapper son enfant avec un couteau) conduisent à
l'évitement (ex., ne pas se servir d'un couteau en présence d'un enfant) ou à
des rituels, i. e. des compulsions (ex., se laver les mains), ces comportements
réduisent l'anxiété. Le soulagement ainsi apporté contribue à renforcer et
maintenir la maladie.
Traitements
Deux
techniques s'avèrent efficaces pour traiter les troubles obsessionnels-compulsifs:
s'exposer aux situations qui amènent l'anxiété reliée des obsessions et ne pas
répondre à ces obsessions par la compulsion. Par exemple, pour une personne
ayant peur de se contaminer en touchant des objets, il s'agira de s'habituer
graduellement à toucher des objets sans se laver les mains. L'exposition permet
une habituation qui amène une diminution de l'anxiété. L'approche cognitive
stricte, c'est-à-dire la modification des croyances inadaptées, s'avère
infructueuse.
