THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT COGNITIF

 

Jean Piaget

a. Schèmes
b. Assimilation
c.
Accommodation
d. Assimilation
e. Stades:

  • ( 0-2ans) période sensori-motrice

  • ( 2-7ans) période préopératoire classification

  • ( 7-11 ans) opérations concrètes

  • ( 11 ans et +) opérations formelles




Nombres de théories ont tenté d'expliquer le développement de l'individu; cependant fort peu ont tenté de faire la lumière sur le développement cognitif d'un individu de sa naissance à l'âge adulte.
Jean Piaget fut certes un précurseur et un novateur dans ce domaine. Né à Neuchatel en 1896, Piaget manifestera dès son adolescence un intérêt pour les sciences, particulièrement pour la zoologie. A 21 ans, il obtient le grade de licence en sciences naturelles et sera consacré‚l'année‚ suivante docteur es science grâce à une thèse portant  sur la répartition des mollusques dans les Alpes valaisannes. Quelques années plus tard, Piaget délaissera la zoologie pour s'intéresser à l’épistémologie et a la psychologie. En 1923 il présentera les premières ébauches de sa théorie du développement dans Le Langage et la Pensée chez l'enfant. A partir de ce moment, les recherches psychologiques de Piaget tenteront de comprendre et de cerner les mécanismes mentaux chez l'enfant. Deux concepts fondamentaux soutiennent la théorie de Piaget.
Ces deux concepts , base de sa théorie et de sa compréhension sont primordiaux pour quiconque désire comprendre les principes  du développement intellectuel d'un individu. Ces deux mécanismes  sont d'une part le principe d'assimilation et d'autre part le principe d'accommodation. 

« Par le premier, le sujet exerce une transformation sur la réalité‚ afin de l'intégrer à ses possibilités d'action et par la seconde, il transforme et coordonne ses propres schèmes d'action afin de les rendre adéquats aux exigences de la réalité. (Diff.Apprent. p.70). »

L'assimilation comme le terme l'indique à trait a une forme d'incorpor­ation, a l'image de la nourriture qu'un individu ingurgite; C'est en quelque sorte la matière première de tout processus dynamique. Grâce à l'assimilation, les matériaux de base qui serviront a l’édification de cette cathédrale complexe qu'est le cerveau humain seront emmagasinés. Toute carence dans le domaine de l'assimilation entraînera une faiblesse, une fragilité dans la structure de l'édifice. L'assimilation est donc une étape de toute première importance car elle est le garant de la richesse des matériaux ,de l'inventaire des possibilités qu'un individu se donne pour pouvoir par la suite composer avec le monde qui l'entoure.
Pour Piaget, le principe de l'assimilation débute au moment ou l'enfant entre en contact avec le monde, i.e. au premiers jours de son existence. C'est par l'assimilation que l'enfant construit ses premiers schèmes qui sont la répétition de certains gestes qu'il intègrera.
Parmi ces premiers schèmes nous retrouverons celui de la tétée, du mouvement d'agripper, de se tourner la tête‚ de pousser, de tirer etc. Ces premiers schèmes ont une connotation sensori-motrice et ils permettent à l'enfant de d'entrer en contact avec le monde qui l'entoure.
Cependant l'assimilation a elle seule ne permet pas a l'enfant de s'adapter a son environnement; elle devra être accompagnée du  processus de l'accommodation permettant à l'individu de réétuliser et de réorganiser ses propres schèmes dans des situations différents. Si nous prenons l'exemple de la construction d'un édifice, nous pourrons comparer l'assimilation a la découverte des matériaux disponibles pour la construction alors que l'accommodation se comparerait à la façon dont on se servira de ces matériaux, façon différente que celle dont ils étaient prévus à l'origine. 
A  travers cette constante structuration et restructuration, l'enfant développe et continue à raffiner organiser personnellement des systèmes logiques pour affronter le monde  
C'est d'une certaine manière la réorganisation  de la matière brute qui permettra à l'individu non seulement de s'adapter a son environnement mais á‚ également de développer sa créativité‚ essence même de la richesse de l'humain. C'est donc le jeu de ces deux composantes fondamentales (assimilation et accommodation) qui permettront a un individu de s'adapter.
L'adaptation suppose une remise en question constante de son environnement et un perfectionnement continuel des mécanismes cognitifs.

 « Le perfectionnement des mécanismes cognitifs permet une intériorisation sans cesse plus grande du monde et un équilibre dynamique s'acquiert progressivement depuis l'état d'équilibre fœtal jusqu'à l'état d'équilibre dynamique de la pensée formelle. »

(A travers l’œuvre de jean Piaget  Bulletin de Psychol­ogie scolaire et d'orientation Vol. 33 p. 143)

 Ces remises en questions de l'environnement, entraîneront l'enfant à des phases de déséquilibres et de conflits; l'enfant dans ces moments devra complexifier d'une part ses schèmes et les réorganiser de sorte qu'ils pourront répondre à ses interrogations, à son malaise face a son appréhension du monde qui l'entoure. C'est ce que Piaget résume sous le concept d'équilibration.

 « Le développement psychique qui débute dès la naissance et prend fin à l'age adulte est comparable à la croissance organique : comme cette dernière il consiste essentiellement a une marche vers l'équilibre. »

( Six études de Psychologie p.1)

 Ce concept est fondamental dans le développement de l'intelligence car c'est par l'équilibration que l'enfant poursuivra cette quête d'instrument cognitifs lui permettant de s'adapter au monde extérieur. Il s'agit ici d'un principe dynamique semblable à celui de l'homéostasie qui poussera l'individu:

 « …à assurer un équilibre entre les facteurs internes et externes ou plus généralement entre l'assimilation et l'accommodation. »

(6 études de Psychologie p.125)

 Il ne s'agit pas ici d'un état de repos mais un jeu de compensation ou l'individu développera des stratégies pour atteindre un niveau d'adaptation optimal ou en d'autres mots un état d'équilibre entre l'assimilation et l'accommodation. L'équilibre des structures cognitives est donc une forme de compensation face aux perturbations venues de l'extérieur. 
Cependant, l'équilibre des structures cognitives implique le développement de ces système cognitif, développement d'abord assuré de façon génétique. Selon les observations de Piaget qui ont été confirmées par la suite, il existe des stades ou des moments de développement de l'intelligence génétiquement encodés qui se présenteront au cours de l'épanouissement de l'enfant, lui garantissant les moyens nécessaires pour la compréhension de son environnement. Le passage d'un stade à un autre s'active lorsque les mécanismes qui régissent la pensée de l'enfant ne sont plus adéquats pour expliquer et lui permettre de s'adapter au monde qui l'entoure. A cet encodage génétique, viendra se superposer l'apprentissage  apprendre est défini par Piaget (1977) comme le fait de savoir comment un évènement est une variation d'un autre ‚ évènement mieux connu.
L'apprentissage apparaît lorsqu'un enfant comprend la façon par laquelle un évènement peut-être transformé‚ en un autre. L'apprentissage permet à l'enfant de faire l'expérimentation de sa structure génétique, quand cet apprentissage aura atteint un certain niveau de compétence, alors l'enfant passera à une autre structure plus complexe mais incluant la structure précédente. Ici encore la notion d'équilibre est fondamentale puisque c'est lorsque la relation entre la structure et l'apprentissage a atteint sa saturation que le déséquilibre apparaîtra et qu'alors l'enfant sera prêt pour le stade suivant. Au fur et à mesure  que l'enfant aura intériorisé (assimilation) et transformé (accommodation) certains évènements, il pourra complexifier ces intériorisations et ces transformations pour atteindre vers l'âge de 12 ans la maturité et l'équilibre de ses structures cognitives. Pour arriver a cet état, l'enfant devra "apprendre a se détacher petit a petit de son égocentri­sme fœtal pour se tourner de plus en plus vers l'extérieur lui permet­tant d'envisager le monde sous d'autres regards que le sien. De la même façon qu'une structure génétique sans expérimentation , sans contacts avec une variété d'évènements entraînera-t-elle une déficience développe mentale, de la même façon une expérimentation de l'environnement sans les structures génétiques adéquates sera vouée a un échec au niveau de l'adaptation d'un individu dans le monde qui l'entoure.     

 Stade sensori-moteur:

 Le système cognitif du stade sensori-moteur est relié à la perception et à l'action. (Flavell,1985) La pensée est entièrement inconsciente et préreprésentationnelle . (Flavell, 1985) C'est une intelligence où se constitue les premiers schèmes d'adaptation et qui existe par l'organisation de patrons moteurs et sensoriels. (Flavell, 1985) L'acquisition la plus importante de ce stade est le concept de l'objet.

L'objet est vu comme une entité physique indépendante du sujet en interaction sur l'objet. L'objet hors de la vue ne cesse ainsi pas d'exister (permanence de l'objet) (Flavell, 1985)

 Stade pré-opératoire: 

C'est par limitation et le jeu que l'enfant accède à la pensée intériorisée, appelée le pensée représentationnelle. La représentation imagée se substitue à l'objet. L'enfant agit mentalement sur les images. le stade intuitif par rapport au stade symbolique porte sur des con­figurations d'ensembles plus larges. La représentation est imagé, de caractère symbolique. L’action effectuée en pensée (transvaser, faire correspondre, sérier, etc...) porte sur des configurations d'objets réels mais le sujet n'a pas la capacité de transformer les objets.

 Stade des opérations concrètes :

   C'est à ce stade qu'émerge les opérations. Une opération est une action internalisée effectuée par la pensée sans perte des propriétés de l'objet, réversible et coordonnée à tout le système. (Thomas, 1986) de la décentration progressive observée au niveau du langage et des opérations mentales, les schèmes de conservation encadrés et supportés par une structuration logico-mathématique de nombre, de relations (sériation : A puis B puis C = A+B+C) de classe ( les parties sont des unités différentes et partagent des aspects communs au tout) , de l'espace projectif et de l'espace euclidien se šdifférencient de l’espace topologique (voisinage séparation, ouverture-fermeture) se développent. leur élaboration demeure limitée aux opérations portant sur des objets concrets.

 Stade des opérations formelles :

  L'émergence de la pensée formelle permet l'établissement de la relation entre la réalité et la possibilité. C'est au cours de ce stade que les notions de nombre , de volume , de poids et des structures logiques de classification, de sériation sont acquises. L'adolescent ne possèderait qu'une maîtrise partielle du raisonnement formel (Lagacé, 1981). C'est au stade méta-formel que se continuerait la complexification des schèmes et le perfectionnement des structures cognitives. ( Noelting   )

 Caractéristiques des stades :

 Chaque stade se différencie par la façon dont sont organisées les actions mentales (Voyer et Roncin, 1988) Piaget définit l'acte mental comme un prolongement de l'action intériorisée, laquelle réfère à une structure mentale d'un stade du développement cognitif des stades basés sur la complexification des schèmes mentaux constituent les paliers du développement cognitif. (Murray, 1986) Cinq qualités caractérisent chaque stade du développement cognitif :

1)     l'universalité,

2)     l’ordre hiérarchique, invariable et irréversible

3)     l'appréhension transformée de la réalité

4)     l’organisation graduelle de la structure cognitive 5)l’équilibration, atteinte lorsque la nouvelle façon de penser s'est consolidée avec la façon d'agir dans la réalité.

(Thomas,1986)

 Développement cognitif et motivation intrinsèque :

  L'enfant érige lui-même sa propre organisation et ses propres habile­tés à partir de matériaux qu'il puise dans son environnement et en lui-même. (Voyer et Roncin, 1988) dans cet optique, l’enfant possède lui-même les moyens de son propre développement. C'est la motivation intrinsèque qui motive l'enfant à répéter plusieurs fois l'acte mental , jusqu'à la maîtrise de celui-ci. (Piaget, 1967) Cependant ce que l’enfant construit dépend de ses relations avec le milieu au sein duquel il vit et se développe (Voyer et Roncin 1988) Les évènements nouveaux, mettant à l'épreuve le niveau du développement cognitif, suscitent l'incertitude ou la surprise et sont susceptibles d'attirer l’attention de l'enfant. (Cloutier, 1981) L’insuffisance de la structure mentale pour résoudre le problème est alors ressentie comme conflictuelle. Le sujet pour comprendre la perturbation cognitive devra ainsi majorer et réorganiser sa structure cognitive afin de s'adapter à la situation problématique L'apparition de schèmes mentaux nouveaux crée une appréhension nouvelle de la réalité. Le niveau maximal de fonctionnement de ceux-ci correspond à l'organisation stabilisée de la structure mentale du stade de développement cognitif. ( Piaget, 1967) Le temps de fixation d'un stade donné varie d'un individu à un autre et peu accuser pour certains individus un retard de deux ans.
Des variables génétiques et culturelles pourraient selon Gowan (1974) expliquer l'écart interªindividuel.  Le développement cognitif comme la motivation intrinsèque se situent dans un cadre relationnel du développement à l'intersection de l'in­fluence de la génétique et de l'environnement cependant on ne connaît pas suffisamment  la part jouée par chacun de ces pôles comme agent facilitant ou limitant de l'apprentissage. (Reil et Hresko, 1981)
 
La même ambiguïté existe entre les pôles affectifs et cognitifs du développement. Piaget reconnaît qu'on ne peut séparer la vie cognitive de la vie affective ( Piaget, 1967). L'auteur présente le pole affectif comme le support énergétique et positif du développement cognitif. Cependant on ne précise pas suffisamment l'impact négatif que peut avoir la vie émotive sur le développement cognitif. ( Piaget 1954)

 Continuité du développement des opérations formelles :

   Dans la pensée de Piaget, le cadre de la pensée  atteint sa maturité au stade des opérations formelles. (Thomas, 1986) Il est reconnue qu'il n'y a pas pour autant arrêt de la croissance et que la complexité des schèmes croie avec l'expérience. Par ailleurs, la vie affective qui accompagne le développement cognitif semble continuer à se transformer avec l'expérience de la vie (Erikson, ) Pourtant peu d'auteurs ont vérifié ou supportent la possibilité d'un ou des stades supérieurs au stade des opérations formelles du développement cognitif. (Gowan, 1974;Noelting    )

Mais que signifie apprendre à apprendre et qu'implique ce fait ? Plusieurs écoles de pensées ont tentées de répondre a cette question entre autre la perspective neurophysiologique, la perspective behaviorale, la perspective cognitive et la perspective développementale. ce sont ces quatre grandes approches que nous avons considérées comme les plus importantes dans la recherche actuelle et que nous nous proposons d'abord d'examiner afin d'avoir une vision plus exhaustive du processus de l'apprentissage et par le fait même des problèmes qui y sont associés.

     Cette page à été modifiée par C.Martin le  14 Sep 2008