L'INTÉGRATION KA ÇA
DONNE
"Connaître et penser, ce
n'est pas arriver à une vérité absolument certaine, c'est dialoguer avec
l'incertitude.
…toute connaissance est une
reconstruction/traduction par un esprit/cerveau dans une culture et un temps
donné. "(Edgar
Morin)
Selon le Petit Robert, le terme intégration signifie, entre autre, l’incorporation de nouveaux éléments à un système. Si l'on applique cette définition au cours d'Intégration on pourrait alors le définir ainsi: incorporer un ensemble de concepts déjà assimilés à un autre ensemble de concepts également assimilés. La nouveauté se situe au niveau des relations pouvant être établies entre les ensembles de concepts. Intégrer prend ici plus particulièrement le sens de réaliser une série plus où moins complexe d'opérations telles que d'établir des liens, d'assimiler, d'unifier, et de comparer, des concepts. Intégration dans le sens également d'avoir atteint un niveau de compétence[1] dans le champ des sciences humaines; compétence qui peut se traduire par un certain nombre de savoirs, de savoir être et de savoirs faire .
Le cours d'Intégration
est une occasion unique pour l'étudiant de poser une réflexion sur ses
connaissances, de développer son jugement critique, d'affiner ses processus
cognitifs (analyse, synthèse, pensée divergente, convergente, etc..) et de
cultiver certaines attitudes lui permettant de reconsidérer ses perceptions,
d'atteindre un niveau de confiance de flexibilité et d'ouverture dans son expression orale et écrite. Comme le
souligne si bien Jankélévitch :
"Toute ma vérité
ici-bas n'est-elle pas de me sentir exister dans l'estime, l'opinion et la
confiance des autres"
Et cette vérité ne réside-t-elle pas dans une sentiment de compétence
s'appuyant sur la capacité de remanier une réalité de façon économique par
l'entremise de savoirs, de savoirs faire et de savoirs-être. Vérité permettant
à l'étudiant de ne plus aborder les situations comme des catastrophes
imprévisibles ou des frustrations insupportables mais comme des moments de
ruptures, de remise en ordre du réel qui font de la vie un aventure unique pour
chacun de nous.
La notion de
savoir-être implique des dimensions telles que l'expression, les attitudes, et
la métacognition .
L'expression, premier niveau du savoir-être, (être en
mesure de se manifester et de "sentir
exister dans l'estime, l'opinion et la confiance des autres") suppose
un espace intérieur de sensations, c'est à dire un lieu de re/présentation de
ces sensations (perception). Lorsque cet espace de représentation disparaît,
l'individu peut se retrouver en état de psychose ou "d'acting out". L'expression
a comme point d'encrage le rythme et
donne accès au regroupement.
Le rythme est probablement la première manifestation de
l'expression et de la coordination (le mouvement, le balancement, la danse
etc.). Sans régulation il devient étourdissement, douleur, cri; cependant, avec
la régulation, c'est à dire avec la capacité de l'organiser, de le
structurer, il se nuance, il se définit,
il crée des mélodies, des airs, des façons de faire et d'être différentes de
celles des autres.[2]
Chacun possède son propre rythme, intimement lié à l'expression et à l'émotion.
On sait à quel point un changement de rythme de vie peut affecter l'expression
et à quel point l'émotion peut affecter le rythme (cardiaque, respiratoire).
C'est notre capacité d'organiser (regroupement) notre rythme qui nous mènera
vers l'expression.
Le
regroupement est une fonction permettant des opérations logiques et analogiques
telles que l'inclusion, l'exclusion, la comparaison, la généralisation, et la
métaphore. Penser est en quelque sorte
avoir la capacité de regrouper des rythmes
Avec l'arrivée du
regroupement, l'expression peut être
anticipée, imaginée, synthétisée, remodelée et crée.
L'expression est le
fondement de l'identité; c'est la capacité de se manifester, de se dire, de
s'aménager un espace intérieur de réflexion, et de la partager avec les autres.
Elle permet de moduler notre corps, nos
émotions, notre discours; elle permet également développer un savoir être en
relation avec soi, avec les autres et avec le monde. Les moyens pour y parvenir peuvent être
nombreux mais nous situerons les notre davantage au niveau de l'introspection
et du partage de l'information entre étudiants. Il est cependant important de
souligner que sans l'intégration de certaines attitudes, l'expression peut se
figer ou être totalement inconvenante.
L'attitude se réfère à
une disponibilité de l'esprit permettant l'atteinte de certains buts tels que
la flexibilité, l'ouverture d'esprit, la confiance, la curiosité. L'attitude
est une disposition que possède l'individu à choisir tel ou tel type de
comportement en relation avec le souvenir agréable ou non d'une expérience
passée. L'attitude est un facteur important de la motivation; elle est en
grande partie responsable de l'activation de la motivation. Les attitudes que
nous avons énumérées seront fortement encouragées, soulignées, et elles feront
l'objet de réflexions propre au développement de la métacognition.
La métacognition
suppose un espace de représentation intérieur, permettant de se re/présenter
les processus mis en jeu lors d'une résolution de problèmes. Elle a pour but d'élargir le champ de
conscience de l'apprenant et donc sa capacité à réutiliser ce qu'il sait dans
des contextes différents[3].
La métacognition se traduit par les opérations mentales mises en oeuvre lors
d'un apprentissage; c'est en quelque sorte un savoir sur son savoir qui permet
la modélisation d'une compétence. Nous présenterons certains moyens permettant
de développer la métacognition.
Nous avons donc
envisagé différents procédés permettant à l'étudiant d'étendre des savoirs-
être. Parmi ceux-ci, nous privilégions la tenue d'un journal de bord, s'ouvrant
sur un récit d'apprentissage. Le récit d'apprentissage permet à l'étudiant de
toucher aux trois dimensions des savoirs être: l'expression, les attitudes, et
la métacognition. Lors de cet exercice,
l'étudiant doit se remémorer un apprentissage qui lui a été très significatif
expliquer en quoi il l'a été (les facteurs facilitants) ainsi que les
conséquences intrinsèques et extrinsèques de cet apprentissage. L'étudiant comparera les conditions et les moyens
facilitateurs qui ont mené à cet apprentissage
à sa situation d'étudiant. Il pourrait être également intéressant
d'ouvrir une discussion lors de laquelle les étudiants pourraient relater leurs
expériences et en faire part aux autres. Un exercice de synthèse permettrait de
cerner les aspects importants d'un apprentissage significatif.
Le journal de bord,
devrait être un outil de base, un confident dans lequel l'étudiant projette ses
attentes, ses réflexions, ses frustrations, ses critiques. Il servirait de réflexion suite à des
discussions de groupes.
Le développement d'un
savoir-être implique un certain degré de motivation, un montage et un rodage.
La motivation comporte un engagement
émotif et cognitif de la part des intéressés. Elle est la bougie d'allumage de tout le
processus et son activation ne peut que se faire par l'étudiant. Bien sûr que
nous pouvons créer les conditions optimales pour cette activation et c'est ici
qu'intervient le montage: c'est en quelque sorte le cadre, l'environnement, la
logistique. La capacité de créer un sentiment d'appartenance où chaque individu
y trouvera sa place est une condition essentielle au développement de la
compétence et de l'estime de soi.
Il ne reste plus par la suite qu'à effectuer le rodage et ajuster nos
interventions, nos orientations et nos évaluations en fonction de nos
réflexions et des feed-back des étudiants.
Nous sommes conscient
de l'importance pour un étudiant de développer une compétence par le biais de
savoirs, de savoir-faire et de savoirs-être; de développer par le fait même un
sentiment de compétence, s'appuyant sur une motivation à l'accomplissement
élevée, et sur une capacité d'expression
personnelle dans le respect de soi et des autres. Apprendre à nos étudiants à développer un
savoir en relation avec soi, les autres et le monde. Savoir être en mesure de recevoir l'Autre, de
partager un espace intérieur de sensation, un espace intérieur de
représentation , être en mesure se re/présenter les connaissances par le biais
de la symbolisation et la conceptualisation.
[1]
Une compétence est un ensemble de savoirs, de
savoir-faire et de savoir-être qui sont activés lors de la planification et de
l'exécution d'une tâche données
[2]
L'expression être en harmonie
nous renvoie directement à la notion de rythme avec soi et avec les autres
[3] Ce qui rejoint la notion d'assimilation chez Piaget